La honte est sociale.  Il n'y a pas de honte sans l'existence d'autrui. Elle est un affect éminemment contagieux, qui se transmet de personne à personne dans une logique de verticalité. Le message complet est généralement inconscient, on peut le traduire ou le décoder ainsi dans sa globalité: "Il y a quelque chose qui cloche chez toi, tu dois en avoir honte !". On peut compléter le message ainsi: "Ce quelque chose fait que tu ne peux pas être O.K, tu ne peux pas être accepté ou aimé, tu n'es pas digne de cela, tu es moins bien que les autres".

Le quelque chose qui cloche est généralement visible, indiscutable ou inchangeable. La personne ne peut que se sentir en faute ou coincée au niveau du contenu, son honneur et sa dignité étant touchés.  

La honte nécessite obligatoirement la présence d'un autre dans l'environnement: le tiers honnisseur. Le tiers honnisseur peut être singulier (un parent, un professeur...) ou pluriel (des camarades de classe, les parents, un groupe,...). L'honnisseur est celui qui fait honte, qui met la honte, qui rajoute parfois "T'as pas honte !". Le tiers honnisseur implique que, à terme, la présence de l’autre peut être dangereuse pour le sujet, car susceptible de réactiver le vécu douloureux de la honte.

Les expressions "Faire honte","Porter la honte" montrent que la honte est externe au sujet au départ pour ensuite intérioriser son Être. Elle passe parfois au départ par les comportements pour ensuite fragiliser et endommager l'identité. Elle creuse ainsi son sillon dans la personnalité par passages successifs. Elle fonctionne en spirale en poussant le sujet à la fois vers le bas ("ego" brisé, déficit narcissique, forme dans la soumission) ou vers le haut ("ego" surdimensionné, excès narcissique, forme dans la domination, forme réactionnelle et défensive).

La honte se transmet volontairement, mais surtout et le plus souvent à l’insu de ceux qui la transmettent. Les transmissions conscientes de honte proviennent généralement des humiliations, des moqueries ou des violences que l'individu reçoit consciemment des autres. 

En période de guerre, la transmission volontaire de la honte est utilisée auprès des femmes par le viol. Le viol systématique est alors une arme de destruction psychique. L'homme guerrier ne pouvant tuer physiquement la femme ennemie, il  la tue psychologiquement en lui faisant honte par le viol. Dans certains pays, notamment en Afrique, ce viol organisé se fait avec la conscience de la violence et du rejet social que la honte du viol va déclencher dans la vie de la victime après le crime. 

Dans un autre registre, celui de la transmission inconsciente, le non-dit et le secret ont la particularité de transmettre  et de propager la honte de proche en proche sans qu’aucun ne puisse savoir son origine, ni même l’identité de celui qui les transmet. La honte peut ainsi se transmettre de génération en génération, de manière inconsciente, selon le mécanisme du secret, laissant une information plus ou moins incomplète.

Le sujet qui reçoit le message de honte sera d'autant plus sensible à celui-ci qu'il a tendance à se juger ou à se comparer aux autres. Sur ce point, on notera que le sujet sensible à la honte a souvent tendance à s'imposer à lui-même des niveaux d'exigence et de contrôle élevés. Ses messages internes "Sois parfait" et "Sois fort" sont généralement très développés, ce qui fait qu'il se juge et renforce son expérience de honte.