Calendrier 2010 des stages "Initiation aux émotions" et "Affirmation de soi"

Actualité 2010- Article ci-dessous -"Honte, plaisir et sexualité " 

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Emotion liée à l'identité, la honte a de nombreuses facettes. Emotion du secret, la honte reste méconnue. Livres rares, sites pour rire, confusions fréquentes avec la culpabilité ou la peur: on parle peu de la honte, on l'explique mal. La honte se cache dans le silence, elle se masque dans le rire ou l'ambition démesurée. 

Ce site a pour objectif de vous aider à mieux comprendre la honte. Il est seulement un lieu d'information et de réflexion. Il traitera essentiellement de la honte pathologique car il s'adresse d'abord à ceux qui souffrent de la honte. Je nomme honte pathologique, la honte excessive qui devient structurelle avec le temps dans l'identité du sujet honteux. Il s'agit de cette honte au quotidien qui rend la vie particulièrement douloureuse et fatigante (la honte épuise, elle prend beaucoup d'énergie). Nous aborderons également la question de la honte positive qui régule la vie sociale, et que nous croisons tous à l'occasion.

Vous trouverez sur ce site 10 pages qui abordent la honte sur différents points. Bonne lecture.

Thierry Teule - Psychothérapeute 

Membre de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse FF2P

Dédicace pour ce site

Merci à Alice Miller pour ses livres

Avertissement: Ce site est seulement un site d’information. Il ne s’agit pas d’un service thérapeutique, ni d’un service psychologique, ni d’un service médical. Les ressources mises à votre disposition sur ce site ne peuvent remplacer les services d’un professionnel. Elles constituent des informations générales, non personnalisées.                                        

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                                  Actualité                           

    

                                 "Honte, sexualité et plaisir"

Article d'Anne-Marie Roure-Ruiz - Psychologue et psychothérapeute(gestalt praticienne)

         

Il semble difficile de dégager une vision d’ensemble de la honte en termes psychopathologiques : aucune nosographie ne lui est spécifique. Seul un ensemble de phénomènes psychiques lui donne corps. Un même évènement  n’a pas le même impact sur tout le monde. Qu’est-ce qui rend certains individus plus réceptifs que d’autres à  la honte ?  Le mystère reste entier. Certains auront honte d’être (seulement) des manuels, d’autres d’être des intellectuels.

Je ne prétends pas le résoudre mais seulement l’aborder dans une de ses conséquences spécifique : « la honte liée à la sexualité », ce qui nous ramène à « la honte liée au plaisir » puisque plaisir et sexualité se rejoignent sans conteste.

Dans la culture judéo-chrétienne le plaisir (qui évoque la gourmandise et la luxure…)  est une diabolique faiblesse. Dans ce cadre, le sentiment de honte est le plus souvent lié au plaisir ; il surgit au moment  où le sujet est pris en flagrant délit de plaisir - et terriblement humilié - au cours d’un acte considéré comme répréhensible.

Ainsi, lorsqu’un enfant, surpris avec un doigt dans la bouche et le pot de confiture à ses cotés, doit en outre subir les propos humiliants d’un témoin de la scène, il se peut que cet enfant développe une gêne face au plaisir.

Lorsqu’elle ne s’accompagne pas de propos humiliants, la prise en flagrant délit d’un acte répréhensible ne suscite pas le même émoi : l’acceptation de bonne foi : « Je suis en tort, o.k., c’est bon, je mérite la réprimande » ou  l’auto critique  (« j’aurais du me méfier de … », le dédain « ces raisins sont trop verts… » -

Théo est âgé d’une dizaine d’années. Il est assis sur les genoux confortables de sa tante, la tête reposant sur sa généreuse poitrine offerte tel un coussin  moelleux, tendrement affectueux. C’est alors que la blessure va intervenir, avec des sentiments mêlés d’injustice, de déception, de frustration - Et avec l’humiliation, la honte :

Car cette situation idyllique n’est pas du goût de son père qui ne tarde pas à le traiter de profiteur, et de voyeur ( !) : « T’as pas honte ?  Petit salop, tu te rinces l’œil ». Sans comprendre ce langage non seulement érotisé mais franchement sexualisé, Théo se sent coupable d’un plaisir sale. Le moment de tendresse qu’il partageait avec sa tante a été radicalement transformé et perverti  par le langage sexuel de l’adulte. Quelles que soient les raisons de la réaction du père (probable jalousie devant son propre désir), cette réaction a bel et bien déclenché un sentiment de honte chez son fils.

L’empreinte de ce seul évènement ne sera peut-être pas significative toute seule, mais pourra parfois s’ajouter à d’autres, pour être activée chez le fils devenu adulte, et s’exprimer visiblement dans ses relations à la femme.

Chez d’autres, les remarques humiliantes se situeront au niveau du plaisir vestimentaire qui sera jugé indécent  « tu t’habilles comme une pute «  « la frange, ça fait fille de rue »…autant de remarques désobligeantes qui vont entraver le plaisir par une charge de culpabilité honteuse.

Sylvie, responsable financier dans une grande entreprise, continue de s’habiller de façon austère. Elle se souvient des remarques « crues et déplacées » que faisaient les hommes de la famille (père, grand-père) sur la gent féminine qui osait se vêtir d’habits « trop colorés » ou « échancrés », ou « trop décolletés ». Leurs critiques puritaines dénotaient à côté de leurs regards gourmands et concupiscents et leurs propos salaces. Actuellement, Sylvie se fait régulièrement traitée de « bonne sœur » par son mari quand elle lui demande ce qu’il pense de sa tenue : « Oui, c’est parfait pour rentrer au Couvent ! ». Et pourtant, la peur d’être l’objet de remarques désobligeantes l’empêche d’oser des changements vestimentaires. « Si je savais qu’on parle de moi comme ça, j’aurais trop honte. »

Nous remarquons, dans ces deux exemples, que la honte poursuit son chemin à travers le temps, balisant la vie de ces enfants devenus des hommes et des femmes handicapés du plaisir qu’il soit relationnel, sexuel, vestimentaires…

De l’évènement qui a causé l’humiliation, il ne restera qu’une rémanence, « cette persistance partielle d’un phénomène après la disparition de sa cause » comme l’explique le psychiatre Christophe André (mars 2009 Les états d’âmes). Freud parle alors de refoulement, processus qui aboutira, « non pas à supprimer, à anéantir une représentation de la pulsion, mais à l’empêcher de devenir consciente. » (Métapsychologie 1915)

A mon sens, lorsqu’il y a honte, il y a peur du regard d’un autre sur soi.  J’insiste sur l’importance du regard du tiers sur le geste fait, la parole prononcée, l’idée exprimée, l’attitude adoptée, la simple façon d’être. Sans le regard d’un autre sur lui, le sujet ne se soucie guère de ce qu’il peut ou pas dégager. Bien sûr, sa « bonne éducation » lui permet de se gérer, s’autocritiquer, voire se juger ; mais rappelons que cette bonne éducation a été réglée, imposée par un autre, sous le regard d’un autre. Donc, même seul, le sujet est sous le regard de cet autre assimilé en cours d’éducation - identification oblige. Je ne peux pas imaginer la honte comme un concept ne concernant que le SOI seul, solitaire. « La honte est sociale. Il n’y a pas de honte sans l’existence d’autrui », le tiers « honnisseur » (site lahonte.org )

Je vole le pot de confiture. Je culpabilise car je sais que c’est « vilain ». Mais si quelqu’un me voit, j’ai honte, car prise en flagrant délit de vol et de gourmandise : ce regard externe à moi vient me juger, « tu devrais avoir honte » ou  « tu es au-dessous de tout - tu es moins bien que les autres - il y a quelque chose qui cloche chez toi, qui fait que tu ne peux pas être O.K, pas digne d’être accepté, aimé ».(Ibid.)

Selon Freud (restons classique), l’idéalisation est recherchée dans la perfection. Le regard négatif dévalorisant du tiers vient donc mettre un terme à cette perfection à laquelle le sujet aspirait. Il ne sera, du coup, jamais assez parfait pour ce tiers. Freud écrivait en 1933 : « Le fondement de ce processus qu’on appelle une identification, c’est l’assimilation d’un MOI à un autre, étranger, en conséquence de quoi ce 1er MOI se comporte à certains égards de la même façon que l’autre, l’imite et dans une certaine mesure, le prend en soi. » (Psychanalyse des masses et analyse du moi).

Quand l’enfant subit une humiliation de la part d’une figure parentale - un de ces autres auquel il peut s’assimiler, s’identifier - l’humiliation peut être vécue de façon encore plus douloureuse et cette douleur risque fort de prendre la route du refoulement, restreignant l’enfant dans son élan naturel. « La honte se met en place chez l’enfant quand sa souffrance est indicible auprès de son entourage…faute de pouvoir exprimer ses émotions et de pouvoir mettre de l’ordre et du sens dans son vécu, le sujet développe une inhibition…le sujet cherchant à éviter les situations pouvant être douloureuses pour lui. » (Site lahonte.org)
 

Nous retrouvons dans le cas clinique de Théo, le processus du refoulement de l’évènement traumatisant, puis de sa fixation et des conséquences tardives qui, à l’âge adulte, se manifesteront par des symptômes pour lesquels Théo viendra consulter. Il est rentré dans la honte par le regard d’un tiers. Il viendra chercher le regard bienveillant et non jugeant du thérapeute, pour modifier le point de vue qu’il a sur lui et qu’il imagine que les autres ont aussi sur lui. Il s’agira de sortir d’un triangle dramatique (Karpmann) afin d’instaurer une relation saine de soi à soi et de soi aux autres.

Il ne semble pas facile de passer d’une croyance « cyanogène » asphyxiante (petit salop) à une croyance positive, porteuse où ce n’est plus soi qui est nul, mauvais…mais l’autre, le tiers humiliant (parent, enseignants…) qui n’a pas su y faire. Cela permet de changer de point de vue et d’arrêter de se regarder comme le mauvais objet, voire d’arrêter le processus de victimisation grâce à un nouveau regard porté sur soi, regard bienveillant, regard « adulte » ayant suffisamment de recul pour voir les maladresses désastreuses du tiers en cause, ce tiers qui, réellement, n’a pas su faire, ou ne sait toujours pas faire…

La réprobation des parents permet à l’enfant de développer son sens critique dans une saine culpabilité ; l’humiliation de ces mêmes parents va, par sa force destructrice, l’amener à la honte, lui barrant alors la route de la satisfaction, du plaisir et, au contraire, développant une agressivité envers soi autant qu’envers l’autre, activée par une absence d’ambivalence au sens de lien avec le principe de réalité, laissant le sujet dans un tout ou rien qui nourrit chez lui l’insatisfaction.

Théo a ainsi mis en place un mécanisme de protection : l’évitement, qu’il joue et rejoue sans cesse dans un jeu psychologique du type « attrape-moi si tu peux ». Ce jeu lui permet de ne pas rencontrer l’autre. En annihilant l’autre, il est sûr de ne pas se retrouver dans la position humiliante du « petit salop ».Théo a fini par inverser la honte en gène que l’autre éprouve. Cette gêne qu’il imagine par l’autre éprouvée, il va l’utiliser comme un substitut rationnel pour se maintenir dans l’insatisfaction où l’auto reproche est vécu comme une justification au non plaisir.

Comment se fait cette inversion d’énergie ? J’ai du mal à l’expliquer. Ce que je vois n’est que le résultat de ce processus invisible d’inversion d’énergie. Est-ce la capacité propre à tout sujet, d’avoir accès  aux mécanismes du délire ? Possible …

Notre cerveau repère instinctivement ce qui est nocif pour nous, détecte les dangers sans pour autant les comprendre ou a fortiori les analyser, nous rappelle Christophe André. (Les états d’âmes). Freud suivra la piste du délire de surveillance pour comprendre ce processus. Il semble acquis, depuis, que le sujet est capable d’apparaitre sous une forme dédoublée en un Moi Idéal et un Idéal du Moi par exemple ou encore dans un clivage où une partie est entièrement différente à l’autre part de Soi. Ainsi, ces deux parts d’un même Soi peuvent dialoguer entre elles, comme nous discutons par exemple avec notre conscience.

En accord avec certains confrères, je ne rattache pas la honte à un stade développemental, ni à une typologie particulière, mais je la mets directement en lien avec un évènement ayant provoqué une stase énergétique, évènement rendu honteux par un tiers.

Si le processus d’humiliation fonctionne, c’est que le sujet n’est pas en capacité de répliquer à ce tiers - souvent un Adulte - qui a un ascendant sur lui (parent, enseignant…) et que cette incapacité se double d’une déception à l’encontre de l’adulte concerné et voire se triple par un état de sidération qui empêchera le sujet de réagir. A ce moment là, le (jeune) sujet n’a quasiment aucune ressource pour filtrer ce qu’il reçoit. Il ne peut pas rationaliser son humiliation, sa déception. Elles s’inscrivent dans sa chair (enkystement) où elles s’assoupissent. Il leur faudra un certain temps pour refaire surface sous forme de symptômes, laissant une saveur d’arrière goût, de bruit de fonds qui s’est amplifiée avec l’âge.

 

Rappelons que la déception « n’est pas seulement une souffrance émotionnelle, mais aussi une remise en question de notre vision du monde » (Christophe ANDRÉ). Nous pouvons imaginer les conséquences d’une déception sur l’identification, lorsque le parent en qui l’enfant a mis toute sa confiance, faillit à son rôle d’adulte protecteur et éducateur. L’idole s’écroule. Le monde magnifiquement serein que le sujet avait imaginé doit alors être revisité, remis en question dans un « surtout ne pas lui ressembler » dira Théo. «  Il a fait de la sexualité une pornographie qu’il exhibait de façon malsaine. Je ne veux surtout pas être comme lui. » C’est dire la difficulté que rencontre l’enfant dans sa construction sociale : il doit exister aux yeux de celui-là même qui détient les codes de l’accomplissement de la satisfaction sans vouloir ni lui ressembler, ni être comme lui puisque ces codes sont exécrables aux yeux de cet enfant. Il devra revoir à la baisse ses aspirations idéales.

Finalement, je dirai que la honte est active à différents niveaux : sur le plan intra-personnel, à travers l’image négative que le sujet a de lui ; sur le plan interpersonnel, à travers les difficultés relationnelles qu’il éprouve tout au long de sa vie quotidienne ; sur le plan  social, à travers la limitation de certains comportements comme la difficulté d’accepter le regard des autres sur lui ; sur le plan professionnel, où ses difficultés relationnelles peuvent lui interdire l’accès à certains postes comme ceux où il faut parler sous le regard d’autrui…

La honte est donc ce lieu de rencontre entre le dedans et le dehors, entre un évènement extérieur et ce que le sujet ressent à l’intérieur de lui.  C’est donc un empilement complexe de ressentis, de pensées…dont le sujet ne ressort pas indemne. Lorsque les symptômes se manifestent de façon trop bruyante, trop douloureuse pour continuer à les refouler, alors le sujet consulte. Il va peu à peu apprendre à faire des liens entre ce dedans et ce dehors et ainsi il soignera son futur car, que je sache, la seule volonté de ne pas souffrir ne suffit pas à éliminer la souffrance.

Bibliographie :

André. C 2009  « Les états d’âmes » chez Odile Jacob Paris.

Freud S 1915  « Métapsychologie »  Idées nrf  Gallimard 1968

Freud S          « psychanalyse des masses et analyse du Moi »

Anne-Marie Roure-Ruiz est psychologue et psychothérapeute à Marseille (101, rue de Rome 13001 Marseille- 06.89.15.06.98).